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mardi, 06 mai 2014 13:43

Phases finales : bilan

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Phases finales : bilan

Puisque le temps ne semble pas faire son oeuvre, il faut tenter autre chose qu'attendre. Parlons de ces phases finales qui ont été rugbystiquement et humainement comme une tornade dans notre équipe, ravageant tout sur son passage et nous emportant jusqu'au sommet, sans se soucier des lendemains.

Finissant premières de notre poule, nous n'osions croire à notre bonheur, cette joie d'avoir tout donné et d'avoir été récompensées de tous ces efforts. Une année de don de soi, de sacrifices, de déplacements, de joies et de peines. Certaines se sont blessées, d'autres sont parties, certaines sont revenues, d'autres n'ont jamais pu. On a douté plus d'une fois, mais au final, on en était arrivé au plus haut de notre niveau. C'était notre raison d'être ces phases finales, notre raison de jouer.

Petit stress, on ne savait pas trop jusqu'où on irait en jouant les quarts de finale. On savait qu'on allait jouer sans regret, on savait que tout le monde ne serait pas de la partie et on savait que pour cette raison il ne faudrait pas s'épargner. Pour Clairette, pour les blessées, pour les non sélectionnées, pour tout ce qui nous unissait, il fallait aller jusqu'au bout. Et on l'a fait ! On est allé chercher cette qualification pour la demi-finale ! L'explosion de joie, on commençait à se rendre compte qu'on avait notre chance, à nous de briller, de grimper au plus haut ! Quelle ambiance dans le bus, quelle explosion de joie, quelle soirée ce soir-là ! SRR for ever, comme toujours !

La demi-finale et ses incertitudes, bien que connaissant l'équipe, il faut se méfier de l'eau qui dort. Et on s'en est méfié, et on l'a traversée. En franchissant cette dernière passade, on l'a su, on l'a compris : nos efforts nous ont mené jusqu'en finale ! Tandis que notre équipe première trébuchait, nous l'équipe seconde sautions allègrement les marches du podium week-end après week-end.

Quelle finale que cette finale ! On nous a procuré les grands moyens, on s'est senti pousser des ailes d'équipe première : hôtel, car flambant neuf, restaurant… On nous avait même proposé une séance de balnéothérapie pour récupérer plus vite du match de la demi. Même les incidents de dernière minute avant le départ n'ont pas eu raison de notre euphorie : cette finale était pour nous. On savait qu'on allait la remporter car ce n'était que justice, car les efforts sont toujours récompensés et car on ne nous aurait pas mis à disposition toute cette logistique s'il n'était pas prévu que l'on gagne. Toute la Bretagne était derrière nous (ou presque !). Alors pour notre club, pour nos amis à qui on rabâchait les oreilles depuis des semaines et des semaines avec cette putain de finale, on allait ramener le bouclier !  

Préparation, entraînement, échauffement, remise des maillots. Tant de rituels respectés, les mêmes depuis le début de l'année, les mêmes mots, les mêmes regards. Le besoin de sentir ses partenaires présentes dans le combat avant de se lancer dans l'arène. Certaines pleurent, d'autres sont déjà ailleurs.

Coup de sifflet, premiers plaquages, premiers contacts… Une certitude se fait au fil du match : elles sont à notre portée. On les contient dans leur moitié de terrain et on campe chez elle quasiment toute la première mi-temps. Comme une promesse à tenir, le destin nous permet d'y croire de tous nos cœurs. Deuxième mi-temps, plaquages sur plaquages, comment se faufile-t-elle celle là ? Une arriviste, suite à des actions d'avants, vient s'écraser lamentablement sur notre ligne et aplatir le ballon de justesse et de l'autre côté.

Doute. Notre confiance est ébranlée. Cet essai hante nos rêves noirs aujourd'hui encore, chacune de son point de vue d'avant ou d'arrière.

Colère : elles ne le méritent pas cet essai ! Ce n'est pas le reflet du match qui se joue ! Comme pour se moquer de nous et malgré un vent violent, le ballon passe la transversale entre les deux poteaux. Jamais la rage de vaincre n'a été si forte, le sentiment d'injustice plus violent en nos cœur. Jamais non plus l'urgence de marquer un essai ne s'est faite si douloureuse, si panique. Le temps semble filer plus vite que la plus rapide de nos ailières. Un essai sinon rien, un essai ou la mort. Je promets solennellement à Dieu de faire tout ce qu'il voudra en échange d'un essai. Le temps hémophile coule, et l'essai ne vient pas. L'ardeur se fait de plus en plus désespérée, les corps s'usent mais on continue d'y croire. Et puis il y a l'attente. Trop longue, trop dure, trop insoutenable. Ne pas rentrer dans les vestiaires, montrer qu'on est là, continuer d'y croire envers et contre tout. La pluie, le vent, le silence, les regards. Chacune à sa façon reste dans son match. Des paroles échangées, des pensées ruminées. Notre ailière est étendue sur le terrain, les pompiers se font attendre. Et avec eux notre victoire aussi. Combien de temps s'est écoulé ? Je ne sais pas. Une demi-heure ? Trois heures ? Un jour entier ? Rationnellement on sait bien qu'il ne peut pas s'être écoulé plus de trente minutes. Pourtant, alors que le temps semblait si pressé de passer pendant le match, une fois celui-ci arrêté, il reprend sa marche lente et paresseuse, se moquant de nos états d'âme, se riant de notre rage de vaincre, car le temps n'est jamais pressé quand on le supplie de se dépêcher. Les 4 minutes 20 secondes qui nous restent à jouer se font à 10 mètres de leur ligne d'essai. Nos espoirs n'en sont que plus grands. Nous remportons la mêlée, nous avançons ! Mais rien n'y fait, l'arbitre impartialement impitoyable siffle des fautes, puis la faute, la dernière, celle qui fait hurler de joie nos adversaires. Elles bottent en touche et c'est la fin.

La fin.

Comme dans un rêve, comme en dehors de nos corps nous réalisons que nous avons perdu. On se regarde. Les joueuses sont hagardes, on ne comprend pas, on ne croit pas ce que tous nos sens nous envoient comme informations. Les Montpelliéraines qui dansent et exultent de joie et de bonheur, les cris, les applaudissements, le micro peut-être. Le refus, le déni. Je vois ces joueuses, je me vois jeter mon casque comme si j'avais quitté mon corps, je sens les larmes couler sans pouvoir rien y faire et cette douleur sans origine précise. J'ai mal au moi. Je suis cette joueuse perdue comme tant d'autres sur le terrain qui a vu nos espoirs s'anéantir. La déréalisation est plus forte que tout, rien de ce qui nous arrive n'est vrai, sinon comment pourrait-on tenir encore debout ? 

Le goût de la défaite est au combien plus amer quand on y mêle celui des larmes. La tristesse, l'incompréhension, le sentiment d'injustice qui ne devait jamais nous quitter. La détresse laisse bien vite place à l'amertume, la déception. Déception de celles qui n'ont pas joué, déception de n'avoir pas fait mieux, déception d'y avoir cru. Monter si haut n'aura fait que nous précipiter plus bas encore. De s'être brûlée les ailes au soleil, la peau de nos cœurs reste marquée comme au fer rouge. Et ça fait mal. Une lame enfoncée dans l'âme, pas l'ombre d'une larme dans les yeux des adversaires. On les entend rire alors que nous pleurons, elles dansent et chantent alors que nous enterrons nos espoirs. Quelle désillusion. Nous avions oublié l'effet d'une défaite et ce jour là, le sort nous l'a férocement rappelé, au pire moment de la saison. Il n'est pas de défaite plus cruelle, plus dure à encaisser. Aucune parole d'encouragement ne l'atténue. Oui on est quand même deuxièmes, oui on a bien joué, oui c'était dur, oui on les aura l'an prochain… Tant de paroles qui sonnent creux quand on les prononce. On remercie, on serre les mains, on fait la hola, on se parle, on débriefe. Mais le cœur n'y est pas, le cœur n'y est plus. Il est resté sur ce terrain.

Les bières se chargeront du reste, nous permettant de passer un très bon retour dans le car. Celui-ci revient aussi sale que notre honneur. Lui qui était flambant neuf !

Je ne sais pas ce qu'il faut retenir de cette finale.

Nous avons pu la jouer car nous étions unies comme des fifous tout au long de l'année, on s'est battues, on a mérité de la jouer. Les raisons de la défaite ne sont pas à rechercher. Quand on joue un match on prend un risque : celui de le perdre. On a joué, on a perdu, il ne faut pas chercher plus loin.

Et quand bien même nous revivions cette horrible journée dans nos têtes, quand bien même nous devrions répéter à tous que nous avons perdu, quand bien même l'amertume dans nos cœurs resterait des semaines, je me dirai que cela en valait la peine. Au-delà des victoires et des défaites, au-delà des blessures, des coups de gueule et des embrouilles, le rugby c'est surtout des amis, du sport, du combat, de la joie, des bons moments, des soirées, de la bière, des sucrés, des salés, des joueuses, du rire, des déconnades, des conneries, des fifous, des pétasses d'or, des déguisements, des élections, des chansons, des canons, des jeux, des battles, des heures de car interminables, des fous rire, des trips, des blagues, des nominations, du bruit, des anecdotes, des ragots, du rire, des personnes, un groupe, une deuxième vie, du bonheur, des amis, des amies.

Ce qui ne nous tue pas nous rend peut-être plus forte, mais ce qui nous tue nous rend deux fois plus fortes, car on connait maintenant les vraies défaites, on sait ce que l'on ne veut pas revivre, à nous de faire en sorte que ce jour maudit ne se reproduise plus.

Charlotte "Alix" Gérard, 3ème ligne de l'équipe 2 Vice Championne de France Fédérale 2

Charlotte Gérard

Arrivée au club en 2010, notre future médecin Charlotte, plus connue sous le surnom d'Alix, a dû s'exiler à Paris pour ses études en 2016. 3ème ligne, double championne de France avec l'équipe réserve, ses mots nous rappellent qu'elle garde toujours ses racines Rouges & Noires !

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Commentaires   

+5 # Clairette 10-05-2014 22:17
Tu as su mettre admirablement les mots pour partager notre fin de saison. Désormais ceux qui n'ont pu assister à nos phases finales pourront comprendre. Merci.
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